architecture-1869180_1920 - par Pexels

Captif

Il n’y a rien à faire. Impossible de sortir d’ici. Nos cellules sont scellées par le simple fait qu’elles sont dépourvues de portes ou d’ouvertures. J’ai cherché et cherché un moyen d’en sortir ; je ne fais que ça de mes journées… mais en vain. Ici, mon gabarit ne sera pas un avantage. Les murs sont lisses et solides comme un champ de force translucide qui ne laisse rien passer : pas même l’air. La seule trappe permettant d’entrer ou sortir de mon cachot est située au plafond ; entouré de bouches de ventilation. Même le meilleur grimpeur se fatiguerait juste à l’idée d’y penser : c’est beaucoup trop haut ! De plus, le mécanisme d’ouverture, en plus d’être complexe, requiert une force que seuls nos geôliers semblent détenir. Le sol est confortable et recouvert de matières organiques. Le creuser est toutefois bien décevant, car à peine vous aurez commencé, vous vous rendrez à l’évidence qu’en dessous, le sol est composé de la même matière que les murs.

            Je n’ai aucun souvenir de la façon dont j’ai atterri ici. L’endroit n’a rien de naturel et il est tellement vaste que même si j’arrivais à atteindre le sol du premier étage, je ne saurais aucunement quelle direction prendre pour trouver la sortie. Il y règne une forte odeur de matériaux synthétiques. On passe du jour à la nuit en une fraction de seconde et on ne nous laisse jamais sortir de nos cellules. Ils nous donnent à manger, on a amplement d’espace pour bouger, mais l’eau n’est disponible qu’au compte-gouttes.

            Je ne suis pas seul dans cette prison. Toutefois, bien que nous aurions pu tenir à plusieurs dans mon compartiment, ce n’est pas le cas… Je sais qu’il y en a d’autres. Je sais que nos pièces de confinement sont disposées sur plusieurs étages. Je l’ai vu quand ils sont venus me prendre pour leurs… expériences. Même si je ne vois que très peu de mes congénères, je les entends crier à toutes heures du jour ou de la nuit. Certains sont en pleine forme, alors que d’autres reviennent malades, drogués ou avec un membre en moins. J’en ai même vu quelques-uns qui étaient tout blêmes, avec des yeux rouges comme le sang. Il n’est pas de ma nature de me soucier de mes semblables, mais cela en dit long sur l’endroit et sur nos chances de survie.  

            Les êtres qui nous tiennent en détention ici sont tout simplement gigantesques. Ils utilisent une forme de communication que je suis incapable de déchiffrer. Un seul de leurs membres suffit à nous saisir, nous paralyser et nous soulever du sol. On n’a d’autre choix que de se plier à leur volonté. Engager un combat contre eux serait du suicide: on se ferait tout simplement broyer.

            Aujourd’hui, ils sont revenus pour moi. Tout comme la dernière fois, au premier contact, je n’étais plus maître de mon corps et j’ai retrouvé le contrôle de ma motricité en touchant de nouveau le sol. C’est la deuxième fois qu’ils m’enferment dans ces curieux et interminables couloirs qui mènent je ne sais où.

            Je me déplace sans me souvenir le moindrement du trajet emprunté la dernière fois. Je dois improviser et profiter de cette opportunité. La pièce est éclairée de la même lumière vive et blanche. L’endroit est trop droit, trop propre, mais je perçois une odeur différente : agréable. Les murs sont immaculés et le plancher, composé d’une autre matière lisse et solide. Mon cœur bat à tout rompre dans ma poitrine, alors que je glisse à chacun de mes pas et chacun de mes virages. Je me dépêche et avance à travers les différents passages et intersections. Je me laisse guider par mon instinct pour les choix de directions. Je fais de mon mieux pour mettre le plus de distance entre moi et eux. J’ai l’impression de progresser, de me rapprocher du but, mais je pourrais tout aussi bien tourner en rond que je ne le saurais même pas. Que je prenne à gauche ou à droite, je n’ai aucun point de repère. Chacun des couloirs empruntés est identique au précédent…

             Je sais toutefois qu’il y a quelque chose de bon pour moi à la clé : je le sens. Je dois continuer à avancer. J’y suis presque. Mon instinct et mon flair me guident à travers le parcours ; je progresse.

            En arrivant dans la dernière ligne droite, j’aperçois ce qui m’avait guidé, attiré, vers une possible sortie… mais il n’en était rien. L’instant d’après, ma récompense est déposée dans un coin, en même temps que moi, au fond de ma cage sans barreaux… Un appétissant morceau de fromage qui me fera vite oublier qu’on est tous faits… comme des rats.

Écrit par Etienne Minier

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 le 4 août 2019